Interview : DAVID 110869
Photos : www.lysanxia.com
C'est avec David Potvin (guitare+chant) et son frère Franck (guitare), que j'ai fait l'interview de LYZANXIA, peu avant le concert du groupe avec DAGOBA et THE AARS à l'Elysée Montmartre, en décembre 2006. Une interview vraiment faite à l'arrache, mais néanmoins bien sympathique.

NATH-URLICH : Quels sont les avantages d'être deux frères au sein d'un même groupe?

David : Pour composer c'est beaucoup plus pratique. On a une baraque ensemble. On est tout le temps sur place, on a une certaine complicité.
Musicalement, on n'a pas trop besoin de communiquer, c'est assez naturel au niveau de la composition, disons puisque l'on se connaît depuis que l'on est né. Ben, voilà, on se connaît bien point de vue musique...

NATH-URLICH : D'accord, et au niveau des influences musicales, vous avez les mêmes ?

David : Non, pas du tout. Moi, j'écoute vraiment de tout, pas mal de trucs barrés en ce moment.

Franck : Bah, moi aussi, j'écoute des trucs barrés...

David : Nan, moi, j'écoute plus de trucs assez extrêmes et barrés, genre MAZONA, MALDOROR, enfin des trucs comme ça, quoi... Enfin, j'aime bien les musiques bruitistes surtout.

NATH-URLICH : Comme celle de FANTÔMAS ?

David : Oui, c'est le début de la musique bruitiste.

Franck : Moi, c'est à peu près la même chose mais en moins extrême. Il faut qu'il y ait un minimum de mélodies, de groove aussi, je suis plus Thrash US, et suédois... De toute façon, j'ai commencé avec la génération METALLICA, MEGADETH, ce genre là, PANTERA. Donc, voila. En fait, on n'a pas exactement les mêmes influences et heureusement, car ça tournerait vite en rond...

NATH-URLICH : Est-ce que vous pouvez dire quelques mots sur votre projet PHASE ONE ? (Je prononce mal et ça ressemble à PHAZM, ce que je dis)

David : Oui, déjà, il y a plein de gens qui nous confondent avec le groupe de l'autre enfoiré de Pierrick (Rires) (NDR: PHAZM est un des groupes de Pierrick, un des chanteurs de SCARVE).

Franck : Oui, c'est un con (sourires).

NATH-URLICH : Je vais très bientôt voir PHAZM en concert...

Franck : Mouais, je suis certain que ça ne va pas être terrible. En plus il est moche (Rires). Puis, il a fait du karaté, alors... Non, mais on blague, il est excellent Pierrick. Bon, pour revenir au sujet, PHASE ONE n'a rien à avoir avec LYZANXIA, c'est un projet qui est assez vieux. Il date facilement de cinq, ou six ans. On aurait dû l'enregistrer un jour, mais c'était un peu utopique, vue la programmation de la batterie qui avait été faite, mais on n'avait pas trop de temps de se pencher sérieusement là dessus aussi. Donc, on a mis cinq ans pour fignoler la démo et avoir un truc nickel. L'année dernière, enfin, c'était quand qu'on a enregistré ? (Demande-t-il à son frère).

Franck : L'année dernière.

David : Enfin, au mois de mai ou avril (2005), on a demandé à Dirk, qui joue dans SCARVE, enfin je ne sais pas si c'est encore le cas, (NDR: à l'heure où j'écris ces lignes, Dirk fait toujours partie de SCARVE mais il est parait-il sur le départ) et qui joue dans SOILWORK maintenant, pour faire les parties batterie. Donc, on a pris une petite semaine pour faire l'enregistrement et ainsi, on a pu concrétiser ce qu'on pensait qui pouvait être complètement infaisable, c'est à dire d'enregistrer l'album en entier, vraiment comme on le voulait. On a fait ça chez nous, en empruntant pas mal de matos, avec notre ingé-son qui travaille avec LYZANXIA et qui nous a vachement aidé. Bon, on a réussi à sortir l'album: je l'ai envoyé chez Scarlett et ils ont tout de suite accroché donc, c'est sorti rapidement. C'était vraiment étonnant et excellent. On pensait qu'on arriverait à enregistrer l'album à deux mais pas qu'il puisse sortir mondialement, entre guillemets.

NATH-URLICH : Est-ce vous qui avaient choisi la pochette de 'UNSU', votre dernier album ?

David : En fait, c'est un artiste avec qui l'on travaille depuis 'Eden', notre premier album. Ce mec là, on lui donne les textes, et il fait ce qu'il ressent, lui. Il interprète les textes à sa façon et vu que c'est un multi..., en fait c'est un plasticien. Il touche à plusieurs choses, la sculpture, la peinture, la photo. Donc, le graphisme, il s'y est mis parce que forcément, il fallait faire des mises en pages. C'est lui qui a proposé plusieurs idées. La pochette est destinée au marché américain, celle destinée au marché japonais n'est pas la même. Au départ, on voulait prendre la version japonaise, qui est beaucoup plus soft, beaucoup plus énigmatique...

NATH-URLICH : Oui, je l'ai vue.

David : Et puis, finalement en discutant avec Laurent (NDR: patron de Listenable records), on s'est dit que ce serait peut-être mieux si on avait une pochette différente pour les deux marchés. Donc, celle-ci est plus agressive...

Franck : Plus adapté au marché européen, selon lui. Celle-ci représente un peu mieux, le côté Metal du groupe.

NATH-URLICH : Les deux sont très jolies, même si une est, en effet, un peu plus agressive...

David : L'avantage, c'est que au moins les deux sont sorties. C'est cool, bon la version japonaise est beaucoup plus chère mais bon... voilà.

NATH-URLICH: Dans votre biographie, il n'est pas trop clairement mentionnée que vous êtes un groupe français. Il est écrit que vous avez tourné en Amérique du Nord mais peu de choses sur votre nationalité. Pour quelles raisons ce choix ?

David : Euh, c'est mentionné ou pas ?

NATH-URLICH : Non, pas sur celle que j'ai lue.

David : Ben, ce n'est pas un exploit si c'est ce que tu veux dire, en fait.

Franck : Le fait qu'on ne parle pas trop de la tournée américaine, ou du fait que nous soyons français?

NATH-URLICH : Non, carrément l'inverse... Que vous parliez de votre tournée américaine, mais pas que vous soyez français.

David : Ben, en fait, quand on a tourné là bas, on mentionnait tous les soirs, quand on se présentait, avant de jouer, qu'on était un groupe français, après l'origine, le pays d'où tu viens... Moi, je suis super content d'être français, j'adore les gens, j'adore la bouffe française. Enfin, néanmoins, ça ne me parait pas si important de porter le drapeau quand on va à l'extérieur, même si quelque part c'est important. Disons, que c'est important en ce moment, comme la scène française commence à percer à l'étranger et qu'il faut le revendiquer entre guillemets, mais bon, il ne faut pas non plus... Enfin, la musique devrait être internationale, on devrait pas parler de nationalités, comme par exemple quand tu dis, "ah ça c'est un groupe suédois", "ça un groupe américain", alors que parfois ça n'est pas le cas.

Franck : Mais, on est quand même vachement contents d'être français après le crier à tout va, nous ne sommes pas de gros nationalistes. (rires)

NATH-URLICH: Vous avez eu en vos rangs le batteur Dirk Verbeuren ,qui est actuellement chez SCARVE et SOILWORK. Il est considéré comme un des meilleurs batteurs du monde.

David : Ouais, ouais. Un des cinq meilleurs au monde, à mon avis.

Franck : C'est assez impressionnant en effet. Il a une capacité d'adaptation assez hallucinante. Par exemple, pour l'album 'Mindcrimes', quand il a enregistré l'album...

David : C'était un remplacement.

Franck : Oui, il l'a su deux semaines avant. Il a écouté un peu l'album, il est venu en studio et en trois jours c'était bouclé. En fait pour les autres, c'est pareil, il n'avait même pas joué, juste écouté et en un jour et demi, il avait fait le truc. Le fait de voir bosser un mec comme ça, c'est assez hallucinant.

David : Quand on voit bosser un mec comme ça, on a l'impression que rien n'est impossible. C'est ça qui est bien.

Franck : Et puis, il est d'une gentillesse. Tour le monde s'entend bien avec.

David : Pour PHASE ONE, on l'a poussé. Et encore, ça faisait super longtemps qu'il n'avait pas joué de batterie car il habitait à Los Angeles à l'époque et c'était un peu compliqué pour lui de jouer. En fait, tu as vraiment l'impression qu'il n'y a rien qui puisse l'arrêter. C'est vraiment intéressant, tu peux le pousser au maximum. Jamais il ne s'énerve, il essaie tout le temps. Quand il n'y arrive pas, il fait autre chose qui va sonner encore mieux à la limite, puis voila quoi... Quand il a joué sur 'Mindcrimes', c'était vraiment un remplacement à l'arrache. Notre ancien batteur s'était fait une grave entorse à la cheville en studio et on avait pas le choix: ou alors on annulait le studio ou on était obligé de demander à Dirk, car c'est le seul qui pouvait lire à vue les partitions.

NATH-URLICH : Sur votre site, j'ai cru voir qu'on pouvait télécharger en payant certains de vos morceaux. Que pensez vous de ce procédé pour l'avenir de la musique ?

David : Je ne pense pas qu'on puisse acheter directement des morceaux, on peut télécharger des sonneries mais ça c'est plus un délire qu'autre chose. Mais on n'a pas encore fait le système où tu peux acheter directement ton titre en mp3 que tu vas payer 70 centimes, je trouve que ce procédé est vachement bien, si la redistribution des droits est comme il faut, tu vois ? Parce que, si c'est encore les gros qui vont toucher un maximum, les petits n'arriveront pas ainsi à se développer... De toute façon, le CD, je ne sais pas ce que ça va donner dans 10 ans mais bon...ça risque de devenir...

Franck : A mon avis, ce sera mort. Je ne sais pas si tu collectionnes, mais bon, moi, je continuerais toujours à en acheter. Mais bon, quand je dis que ce sera mort, c'est parce que les grosses puissances de la musique font tout pour que la musique se vende exclusivement sur internet, ou dans ces fameuses clefs USB, tout çà quoi, car, en fait, ça leur coûte moins cher. En plus à part le livret, tu n'as pas le livret, les images ce qui est vraiment dommage…

David : Et puis, le fait que ce soit du .mp3, la qualité de son est quand même vachement moins bien qu'en CD. Il ne faut pas habituer les gens à écouter de la qualité moindre quoi. C'est ce qui fait peur : être habitué à écouter du .mp3 un peu tout pourri, avec un son qui ne correspond pas à l'original et l'oreille de ces gens là commencent à être complètement faussée. Tu peux leur faire écouter maintenant n'importe quel CD, ils vont trouver que c'est bien, alors que si tu reviens cinq ou six ans en arrière, t'avais l'impression que c'était une démo. C'est vraiment important de garder une qualité de son. C'est contre ça qu'il faut se battre même si le téléchargement c'est un bon moyen pour découvrir, il faut quand même se battre pour une grosse qualité et pour les artistes, voilà… Ce sont vraiment les deux choses principales.

NATH-URLICH : Dix ans se sont écoulés depuis la première démo de LYZANXIA, pourriez-vous dresser un bilan sans langue de bois ?

David : (rires) Nan, bah c'est bien, on a vachement évolué depuis cette première démo. Moi, je ne peux plus trop la réécouter.

Franck : Bah, disons qu'en dix ans, on a eu la chance d'évoluer à peu près correctement, de voyager grâce à la musique.

David : Et je pense qu'on va encore rencontrer pas mal de gens, car on a tourné dans pas mal de pays. C'est hyper important : on a eu la chance de rencontrer beaucoup de gens, tu vois ? Faire des échanges humains, c'est primordial donc, si en fait des fois tu as des coups de Blues, car c'est quand même difficile de faire du Metal, et bien, d'un autre côté, c'est une super passion et ça m'emmène dans plein d'endroits différents et des choses comme çà, c'est excellent. On a le droit de faire des interviews avec des mecs super sympas et tout (rires) …

NATH-URLICH : Demain, vous jouez dans un festival dans l'Oise, avec plein de groupes français.

David : Oui, à Avrechy. Mais, en fait, je n'en connais pas un seul…

NATH-URLICH : C'était ma question justement…

David : A priori, il y a quelques groupes locaux et les autres, euh…

Franck : Il y a NIFLHEIM. Tu les connais toi ?

NATH-URLICH : Oui, je les ai vus déjà plusieurs fois.

Franck : On connaît les noms des groupes, mais on n'est pas plus avancé quant à leur style. Enfin, je pense que demain on va se caler dans un coin et regarder tous les groupes tranquillement.

NATH-URLICH : Ca ne vous intéresse pas plus que çà ?

David et Franck : Si, carrément mais en fait, on a tellement été habitué à ce que les groupes viennent à nous, qu'en tant que spectateur de concerts, c'est difficile de connaître tous les groupes français qui existent. Donc, le problème c'est que si tu commences à les chercher, enfin, ce n'est pas un problème, moi je ne le fais pas car je n'ai pas vraiment le temps mais par contre, dès que je vais sur MySpace, comme en moment, c'est la grosse mode alors, forcément j'y vais parce que je suis con de suivre la mode mais c'est quand même vraiment pratique. Par ce moyen là, oui.

David : Par exemple, on a joué à Douai avec KLANG !!! et HAAARGN !! On avait écouté ce qu'ils faisaient sur Internet.

Franck : Puis, après une fois là bas, on a écouté pendant qu'ils jouaient, et on a fini par passer la soirée avec eux à discuter.

David : Enfin, c'est tout de même mieux à découvrir en live.

Franck : Oui, même par chez nous, il y avait un concert, il y a deux semaines, de deux groupes locaux. On ne s'est même pas posé la question, on y va parce qu'il faut que tu soutiennes un groupe de potes et puis tu vas découvrir d'autres potes aussi.

NATH-URLICH : N'est-il pas trop compliqué pour un groupe de Metal d'habiter à Angers au point de vue des structures ?

David : En France, l'avantage c'est qu'il n'y a pas que Paris et c'est terminé. De plus, les gros labels Metal ne sont pas à Paris. Tu as Listenable qui est dans le Nord, Season Of Mist qui est dans le Sud, enfin tu as une tonne de super labels qui ne sont pas concentrés dans la capitale. Sur la scène musicale, tu as des groupes comme DAGOBA qui sont marseillais, ou GOJIRA qui sont de Bayonne, LOUDBLAST, je ne sais pas ce qu'ils donnent, mais ils sont de Lille. Ca n'a jamais été un problème.

Franck : Ce qu'il y a, c'est que chez nous, je ne sais pas si tu as déjà entendu parler de la scène angevine ?

NATH-URLICH : Non ?

Franck : Parce qu'elle est assez importante et c'est peut-être la scène où tu as le plus de groupes référencés.

David : Oui, Angers c'est où tu as le plus de groupes Rock en France, et une des capitales européennes du Rock reconnue. Tu as plus de 600 ou 700 groupes.

NATH-URLICH : Ah bon ?

Franck : Tous genres confondus bien sûr mais des groupes qui ont tourné à l'étranger ! Je peux juste t'en citer quelques uns comme les THUGS (NDR : je n'ai pas pu trouver les deux premiers groupes prononcés…), il y a vraiment beaucoup de groupes qui ont fait de grandes choses, les HAPPY DRIVERS. Quand tu lis les interviews des mecs de FEAR FACTORY, surtout le bassiste qui est devenu guitariste maintenant, il cite les HAPPY DRIVERS sans danger. Donc, tous ces groupes se côtoient à travers différents lieux et il arrive qu'on travaille ensemble aussi. Ce qu'il y a de bien c'est qu'il y a une grosse population de musiciens, pas forcément des Metalleux mais enfin bon, mais on arrive à se prêter du matériel. Par exemple, pour PHASE ONE, tu passes un coup de fil pour avoir un micro, et en communiquant, tu arrives tout de suite à choper ce que tu recherchais. Il y a vraiment une vraie entraide. Aujourd'hui, il doit y avoir une quarantaine de groupes Metal. Si tu peux mentionner un site qui s'appelle http://www.zicorama.com/ et qui référence tous les groupes d'Angers. C'est assez impressionnant, car quand tu vas dessus, ça donne l'impression d'avoir un aperçu de la scène nationale, alors que tous ces groupes sont d'Angers et jouent pour certains à l'étranger. De plus, ce sont des groupes de qualité. Des groupes comme LO'JO qui ont quand même joué avec Robert Plant sur scène, alors bon...
Il y a une énorme scène sur Angers, on a une excellente salle qui s'appelle le Chabada et on a un café concert qui commence à bien tourner et c'est très bien. Angers est une ville qui se bouge beaucoup malgré ce que l'on pourrait en croire. Une fois que tu es dedans, tu le ressens. Bon, il y a toujours une sorte de guéguerre entre Angers, Nantes, et Rennes car ce sont des villes assez proches mais en fait, Angers, c'est la meilleure (Rires).

NATH-URLICH : Ok, si vous le dites...

Franck : Non, mais, pour l'instant, tout y va très bien. On a la chance d'y faire ce qu'on veut, on a des locos de répétition, il y a moyen d'avoir de l'exposition pour plein de groupes, si tu veux enregistrer, il n'y a pas de problème : on est vraiment aidé par la ville et tout çà...

NATH-URLICH : Tant mieux. Un dernier mot pour les lecteurs de cette interview ?

Franck et David : Merci, merci du soutien.

Franck : J'espère que l'on repassera très bientôt ici en tête d'affiche.

David : Normalement, on repasse ici en tête d'affiche.

NATH-URLICH : Avec qui ?

David : Tout seul, un concert de huit heures. L'entrée est à 87 euros hors taxes, mais avant il y aura un One Man Show de Franck Dubosk, c'est pour çà. Non, ben voilà quoi. Excellent! (Rires)

NATH-URLICH : Merci à vous.