
NATH-URLICH
: Quels sont les avantages d'être deux frères au sein
d'un même groupe?
David : Pour composer c'est beaucoup
plus pratique. On a une baraque ensemble. On est tout le temps sur place,
on a une certaine complicité.
Musicalement, on n'a pas trop besoin de communiquer, c'est assez naturel au
niveau de la composition, disons puisque l'on se connaît depuis que
l'on est né. Ben, voilà, on se connaît bien point de vue
musique...
NATH-URLICH : D'accord, et
au niveau des influences musicales, vous avez les mêmes ?
David : Non, pas du tout. Moi,
j'écoute vraiment de tout, pas mal de trucs barrés en ce moment.
Franck : Bah, moi aussi, j'écoute des trucs barrés...
David
: Nan, moi, j'écoute plus de trucs assez extrêmes et barrés,
genre MAZONA, MALDOROR, enfin des trucs comme ça, quoi... Enfin, j'aime
bien les musiques bruitistes surtout.
NATH-URLICH : Comme celle
de FANTÔMAS ?
David : Oui, c'est le début
de la musique bruitiste.
Franck
: Moi, c'est à peu près la même chose mais en moins extrême.
Il faut qu'il y ait un minimum de mélodies, de groove aussi, je suis
plus Thrash US, et suédois... De toute façon, j'ai commencé
avec la génération METALLICA, MEGADETH, ce genre là,
PANTERA. Donc, voila. En fait, on n'a pas exactement les mêmes influences
et heureusement, car ça tournerait vite en rond...
NATH-URLICH : Est-ce que vous pouvez dire
quelques mots sur votre projet PHASE ONE ? (Je prononce mal et ça ressemble
à PHAZM, ce que je dis)
David : Oui, déjà,
il y a plein de gens qui nous confondent avec le groupe de l'autre enfoiré
de Pierrick (Rires) (NDR: PHAZM est un des groupes de Pierrick, un des chanteurs
de SCARVE).
Franck
: Oui, c'est un con (sourires).
NATH-URLICH : Je vais très bientôt
voir PHAZM en concert...
Franck : Mouais, je suis certain
que ça ne va pas être terrible. En plus il est moche (Rires).
Puis, il a fait du karaté, alors... Non, mais on blague, il est excellent
Pierrick. Bon, pour revenir au sujet, PHASE ONE n'a rien à avoir avec
LYZANXIA, c'est un projet qui est assez vieux. Il date facilement de cinq,
ou six ans. On aurait dû l'enregistrer un jour, mais c'était
un peu utopique, vue la programmation de la batterie qui avait été
faite, mais on n'avait pas trop de temps de se pencher sérieusement
là dessus aussi. Donc, on a mis cinq ans pour fignoler la démo
et avoir un truc nickel. L'année dernière, enfin, c'était
quand qu'on a enregistré ? (Demande-t-il à son frère).
Franck : L'année dernière.
David
: Enfin, au mois de mai ou avril (2005), on a demandé à Dirk,
qui joue dans SCARVE, enfin je ne sais pas si c'est encore le cas, (NDR: à
l'heure où j'écris ces lignes, Dirk fait toujours partie de
SCARVE mais il est parait-il sur le départ) et qui joue dans SOILWORK
maintenant, pour faire les parties batterie. Donc, on a pris une petite semaine
pour faire l'enregistrement et ainsi, on a pu concrétiser ce qu'on
pensait qui pouvait être complètement infaisable, c'est à
dire d'enregistrer l'album en entier, vraiment comme on le voulait. On a fait
ça chez nous, en empruntant pas mal de matos, avec notre ingé-son
qui travaille avec LYZANXIA et qui nous a vachement aidé. Bon, on a
réussi à sortir l'album: je l'ai envoyé chez Scarlett
et ils ont tout de suite accroché donc, c'est sorti rapidement. C'était
vraiment étonnant et excellent. On pensait qu'on arriverait à
enregistrer l'album à deux mais pas qu'il puisse sortir mondialement,
entre guillemets.
NATH-URLICH : Est-ce vous qui avaient choisi
la pochette de 'UNSU', votre dernier album ?
David : En fait, c'est un artiste
avec qui l'on travaille depuis 'Eden', notre premier album. Ce mec là,
on lui donne les textes, et il fait ce qu'il ressent, lui. Il interprète
les textes à sa façon et vu que c'est un multi..., en fait c'est
un plasticien. Il touche à plusieurs choses, la sculpture, la peinture,
la photo. Donc, le graphisme, il s'y est mis parce que forcément, il
fallait faire des mises en pages. C'est lui qui a proposé plusieurs
idées. La pochette est destinée au marché américain,
celle destinée au marché japonais n'est pas la même. Au
départ, on voulait prendre la version japonaise, qui est beaucoup plus
soft, beaucoup plus énigmatique...
NATH-URLICH : Oui, je l'ai vue.
David : Et puis, finalement en
discutant avec Laurent (NDR: patron de Listenable records), on s'est dit que
ce serait peut-être mieux si on avait une pochette différente
pour les deux marchés. Donc, celle-ci est plus agressive...
Franck
: Plus adapté au marché européen, selon lui. Celle-ci
représente un peu mieux, le côté Metal du groupe.
NATH-URLICH : Les deux sont très
jolies, même si une est, en effet, un peu plus agressive...
David : L'avantage, c'est que au
moins les deux sont sorties. C'est cool, bon la version japonaise est beaucoup
plus chère mais bon... voilà.
NATH-URLICH: Dans votre biographie, il
n'est pas trop clairement mentionnée que vous êtes un groupe
français. Il est écrit que vous avez tourné en Amérique
du Nord mais peu de choses sur votre nationalité. Pour quelles raisons
ce choix ?
David : Euh, c'est mentionné
ou pas ?
NATH-URLICH : Non, pas sur celle que j'ai
lue.
David : Ben, ce n'est pas un exploit
si c'est ce que tu veux dire, en fait.
Franck
: Le fait qu'on ne parle pas trop de la tournée américaine,
ou du fait que nous soyons français?
NATH-URLICH : Non,
carrément l'inverse... Que vous parliez de votre tournée américaine,
mais pas que vous soyez français.
David : Ben, en fait, quand on
a tourné là bas, on mentionnait tous les soirs, quand on se
présentait, avant de jouer, qu'on était un groupe français,
après l'origine, le pays d'où tu viens... Moi, je suis super
content d'être français, j'adore les gens, j'adore la bouffe
française. Enfin, néanmoins, ça ne me parait pas si important
de porter le drapeau quand on va à l'extérieur, même si
quelque part c'est important. Disons, que c'est important en ce moment, comme
la scène française commence à percer à l'étranger
et qu'il faut le revendiquer entre guillemets, mais bon, il ne faut pas non
plus... Enfin, la musique devrait être internationale, on devrait pas
parler de nationalités, comme par exemple quand tu dis, "ah ça
c'est un groupe suédois", "ça un groupe américain",
alors que parfois ça n'est pas le cas.
Franck
: Mais, on est quand même vachement contents d'être français
après le crier à tout va, nous ne sommes pas de gros nationalistes.
(rires)
NATH-URLICH: Vous
avez eu en vos rangs le batteur Dirk Verbeuren ,qui est actuellement chez
SCARVE et SOILWORK. Il est considéré comme un des meilleurs
batteurs du monde.
David : Ouais, ouais. Un des cinq
meilleurs au monde, à mon avis.
Franck : C'est assez impressionnant en effet. Il a une capacité d'adaptation assez hallucinante. Par exemple, pour l'album 'Mindcrimes', quand il a enregistré l'album...
David : C'était un remplacement.
Franck : Oui, il l'a su deux semaines avant. Il a écouté un peu l'album, il est venu en studio et en trois jours c'était bouclé. En fait pour les autres, c'est pareil, il n'avait même pas joué, juste écouté et en un jour et demi, il avait fait le truc. Le fait de voir bosser un mec comme ça, c'est assez hallucinant.
David : Quand on voit bosser un mec comme ça, on a l'impression que rien n'est impossible. C'est ça qui est bien.
Franck : Et puis, il est d'une gentillesse. Tour le monde s'entend bien avec.
David
: Pour PHASE ONE, on l'a poussé. Et encore, ça faisait super
longtemps qu'il n'avait pas joué de batterie car il habitait à
Los Angeles à l'époque et c'était un peu compliqué
pour lui de jouer. En fait, tu as vraiment l'impression qu'il n'y a rien qui
puisse l'arrêter. C'est vraiment intéressant, tu peux le pousser
au maximum. Jamais il ne s'énerve, il essaie tout le temps. Quand il
n'y arrive pas, il fait autre chose qui va sonner encore mieux à la
limite, puis voila quoi... Quand il a joué sur 'Mindcrimes', c'était
vraiment un remplacement à l'arrache. Notre ancien batteur s'était
fait une grave entorse à la cheville en studio et on avait pas le choix:
ou alors on annulait le studio ou on était obligé de demander
à Dirk, car c'est le seul qui pouvait lire à vue les partitions.
NATH-URLICH : Sur
votre site, j'ai cru voir qu'on pouvait télécharger en payant
certains de vos morceaux. Que pensez vous de ce procédé pour
l'avenir de la musique ?
David : Je ne pense pas qu'on puisse
acheter directement des morceaux, on peut télécharger des sonneries
mais ça c'est plus un délire qu'autre chose. Mais on n'a pas
encore fait le système où tu peux acheter directement ton titre
en mp3 que tu vas payer 70 centimes, je trouve que ce procédé
est vachement bien, si la redistribution des droits est comme il faut, tu
vois ? Parce que, si c'est encore les gros qui vont toucher un maximum, les
petits n'arriveront pas ainsi à se développer... De toute façon,
le CD, je ne sais pas ce que ça va donner dans 10 ans mais bon...ça
risque de devenir...
Franck : A mon avis, ce sera mort. Je ne sais pas si tu collectionnes, mais bon, moi, je continuerais toujours à en acheter. Mais bon, quand je dis que ce sera mort, c'est parce que les grosses puissances de la musique font tout pour que la musique se vende exclusivement sur internet, ou dans ces fameuses clefs USB, tout çà quoi, car, en fait, ça leur coûte moins cher. En plus à part le livret, tu n'as pas le livret, les images ce qui est vraiment dommage
David
: Et puis, le fait que ce soit du .mp3, la qualité de son est quand
même vachement moins bien qu'en CD. Il ne faut pas habituer les gens
à écouter de la qualité moindre quoi. C'est ce qui fait
peur : être habitué à écouter du .mp3 un peu tout
pourri, avec un son qui ne correspond pas à l'original et l'oreille
de ces gens là commencent à être complètement faussée.
Tu peux leur faire écouter maintenant n'importe quel CD, ils vont trouver
que c'est bien, alors que si tu reviens cinq ou six ans en arrière,
t'avais l'impression que c'était une démo. C'est vraiment important
de garder une qualité de son. C'est contre ça qu'il faut se
battre même si le téléchargement c'est un bon moyen pour
découvrir, il faut quand même se battre pour une grosse qualité
et pour les artistes, voilà
Ce sont vraiment les deux choses
principales.
NATH-URLICH : Dix ans se sont écoulés
depuis la première démo de LYZANXIA, pourriez-vous dresser un
bilan sans langue de bois ?
David : (rires) Nan, bah c'est
bien, on a vachement évolué depuis cette première démo.
Moi, je ne peux plus trop la réécouter.
Franck : Bah, disons qu'en dix ans, on a eu la chance d'évoluer à peu près correctement, de voyager grâce à la musique.
David
: Et je pense qu'on va encore rencontrer pas mal de gens, car on a tourné
dans pas mal de pays. C'est hyper important : on a eu la chance de rencontrer
beaucoup de gens, tu vois ? Faire des échanges humains, c'est primordial
donc, si en fait des fois tu as des coups de Blues, car c'est quand même
difficile de faire du Metal, et bien, d'un autre côté, c'est
une super passion et ça m'emmène dans plein d'endroits différents
et des choses comme çà, c'est excellent. On a le droit de faire
des interviews avec des mecs super sympas et tout (rires)
NATH-URLICH : Demain,
vous jouez dans un festival dans l'Oise, avec plein de groupes français.
David : Oui, à Avrechy.
Mais, en fait, je n'en connais pas un seul
NATH-URLICH : C'était ma question
justement
David : A priori, il y a quelques
groupes locaux et les autres, euh
Franck
: Il y a NIFLHEIM. Tu les connais toi ?
NATH-URLICH : Oui, je les ai vus déjà
plusieurs fois.
Franck : On connaît les noms
des groupes, mais on n'est pas plus avancé quant à leur style.
Enfin, je pense que demain on va se caler dans un coin et regarder tous les
groupes tranquillement.
NATH-URLICH : Ca ne vous intéresse
pas plus que çà ?
David et Franck
: Si, carrément mais en fait, on a tellement été habitué
à ce que les groupes viennent à nous, qu'en tant que spectateur
de concerts, c'est difficile de connaître tous les groupes français
qui existent. Donc, le problème c'est que si tu commences à
les chercher, enfin, ce n'est pas un problème, moi je ne le fais pas
car je n'ai pas vraiment le temps mais par contre, dès que je vais
sur MySpace, comme en moment, c'est la grosse mode alors, forcément
j'y vais parce que je suis con de suivre la mode mais c'est quand même
vraiment pratique. Par ce moyen là, oui.
David : Par exemple, on a joué
à Douai avec KLANG !!! et HAAARGN !! On avait écouté
ce qu'ils faisaient sur Internet.
Franck : Puis, après une fois là bas, on a écouté pendant qu'ils jouaient, et on a fini par passer la soirée avec eux à discuter.
David : Enfin, c'est tout de même mieux à découvrir en live.
Franck
: Oui, même par chez nous, il y avait un concert, il y a deux semaines,
de deux groupes locaux. On ne s'est même pas posé la question,
on y va parce qu'il faut que tu soutiennes un groupe de potes et puis tu vas
découvrir d'autres potes aussi.
NATH-URLICH : N'est-il pas trop compliqué
pour un groupe de Metal d'habiter à Angers au point de vue des structures
?
David : En France, l'avantage c'est
qu'il n'y a pas que Paris et c'est terminé. De plus, les gros labels
Metal ne sont pas à Paris. Tu as Listenable qui est dans le Nord, Season
Of Mist qui est dans le Sud, enfin tu as une tonne de super labels qui ne
sont pas concentrés dans la capitale. Sur la scène musicale,
tu as des groupes comme DAGOBA qui sont marseillais, ou GOJIRA qui sont de
Bayonne, LOUDBLAST, je ne sais pas ce qu'ils donnent, mais ils sont de Lille.
Ca n'a jamais été un problème.
Franck
: Ce qu'il y a, c'est que chez nous, je ne sais pas si tu as déjà
entendu parler de la scène angevine ?
NATH-URLICH : Non ?
Franck : Parce qu'elle est assez
importante et c'est peut-être la scène où tu as le plus
de groupes référencés.
David
: Oui, Angers c'est où tu as le plus de groupes Rock en France, et
une des capitales européennes du Rock reconnue. Tu as plus de 600 ou
700 groupes.
NATH-URLICH : Ah bon ?
Franck : Tous genres confondus
bien sûr mais des groupes qui ont tourné à l'étranger
! Je peux juste t'en citer quelques uns comme les THUGS (NDR : je n'ai pas
pu trouver les deux premiers groupes prononcés
), il y a vraiment
beaucoup de groupes qui ont fait de grandes choses, les HAPPY DRIVERS. Quand
tu lis les interviews des mecs de FEAR FACTORY, surtout le bassiste qui est
devenu guitariste maintenant, il cite les HAPPY DRIVERS sans danger. Donc,
tous ces groupes se côtoient à travers différents lieux
et il arrive qu'on travaille ensemble aussi. Ce qu'il y a de bien c'est qu'il
y a une grosse population de musiciens, pas forcément des Metalleux
mais enfin bon, mais on arrive à se prêter du matériel.
Par exemple, pour PHASE ONE, tu passes un coup de fil pour avoir un micro,
et en communiquant, tu arrives tout de suite à choper ce que tu recherchais.
Il y a vraiment une vraie entraide. Aujourd'hui, il doit y avoir une quarantaine
de groupes Metal. Si tu peux mentionner un site qui s'appelle http://www.zicorama.com/
et qui référence tous les groupes d'Angers. C'est assez impressionnant,
car quand tu vas dessus, ça donne l'impression d'avoir un aperçu
de la scène nationale, alors que tous ces groupes sont d'Angers et
jouent pour certains à l'étranger. De plus, ce sont des groupes
de qualité. Des groupes comme LO'JO qui ont quand même joué
avec Robert Plant sur scène, alors bon...
Il y a une énorme scène sur Angers, on a une excellente salle
qui s'appelle le Chabada et on a un café concert qui commence à
bien tourner et c'est très bien. Angers est une ville qui se bouge
beaucoup malgré ce que l'on pourrait en croire. Une fois que tu es
dedans, tu le ressens. Bon, il y a toujours une sorte de guéguerre
entre Angers, Nantes, et Rennes car ce sont des villes assez proches mais
en fait, Angers, c'est la meilleure (Rires).
NATH-URLICH : Ok, si vous le dites...
Franck : Non, mais, pour l'instant,
tout y va très bien. On a la chance d'y faire ce qu'on veut, on a des
locos de répétition, il y a moyen d'avoir de l'exposition pour
plein de groupes, si tu veux enregistrer, il n'y a pas de problème
: on est vraiment aidé par la ville et tout çà...
NATH-URLICH : Tant mieux. Un dernier mot
pour les lecteurs de cette interview ?
Franck et David
: Merci, merci du soutien.
Franck : J'espère que l'on
repassera très bientôt ici en tête d'affiche.
David : Normalement, on repasse
ici en tête d'affiche.
NATH-URLICH : Avec
qui ?
David : Tout seul, un concert de
huit heures. L'entrée est à 87 euros hors taxes, mais avant
il y aura un One Man Show de Franck Dubosk, c'est pour çà. Non,
ben voilà quoi. Excellent! (Rires)
NATH-URLICH : Merci à vous.
