CHIMAIRA
Interview réalisée par Thomas Slebir et Charles Kaesser - janvier 2007
Lorsque Thomas et moi sommes accueillis par Valérie [qui gère cette journée promotionnelle], nous apercevons notre futur interlocuteur, Matt DeVries ,guitariste du groupe américain Chimaira, en pleine interview filmée. Nous appréhendons quelque peu, nous demandant si nous serons à la hauteur. Puis finalement, tout se passe très vite ; Valérie nous installe sur de confortables canapés, et Matt ne tarde pas à nous rejoindre après une courte pause-cigarette. Les présentations sont faîtes et Matt se montrera souriant, coopératif et semblera apprécier répondre à nos questions, voilà qui était bien la peine d'appréhender.
Comment s'est passé ton voyage ?
Jusqu'ici tout va bien. C'est une tournée de presse, donc j'ai beaucoup voyagé : je suis allé en Grèce, en Italie, en Espagne, et maintenant je suis là [à Paris], le tout en 5 jours, donc c'est assez fatigant, mais c'est amusant et tout se passe très bien.

Où sont les autres membres du groupe ?
Mark [Hunter, chant] est en Allemagne, en train de faire de la promo lui aussi, et tous les autres sont en train de répéter, à Cleveland.

Parlons un peu de l'album ! Qu'en est-il du titre ? A-t-il un rapport avec le retour d'Andols Herrick (batterie) au sein du groupe ?
Oui, c'est ça, du moins en partie. C'est Mark qui a eu l'idée du concept " Resurrection ", et nous étions tous d'accord : c'est une sorte de renaissance ou nouveau départ pour nous, avec le retour d'Andols, un nouveau label [le groupe est passé de Roadrunner a Nuclear Blast/Ferret Records, ndlr], nouveau producteur, nouveau mixeur. On a en quelque sorte tout " nettoyé " pour tout recommencé à zéro, le titre " Résurrection " semblait donc parfait.

Comment s'est passé l'écriture de la musique ? L'album étant très varié, avec certains morceaux lorgnant du côté du hardcore (Worthless), d'autres du côté du progressif (Six) ou même un passage carrément typé Black Metal (sur le surprenant Empire)… Comment expliquer une telle diversité ?
Tu as parfaitement raison. Cet album, contrairement au dernier, a été écrit par Mark, Rob [Arnold, guitare] et moi, alors que d'habitude, Rob est le principal compositeur. Cet album comporte plus d'éléments apportés par chacun des membres. Nous avons des goûts musicaux plutôt éclectiques, même si ça reste principalement du metal, et nous avons réussi à les réunir sur cet album pour un rendu plus varié, plus diversifié.

On dirait que vous avez décidé de mettre les samples plus en avant…
Oui, exactement. Sur les autres albums, Chris [Spicuzza, claviers et samples] reste plus dans les ambiances, et ce n'était pas intentionnel de notre part de le garder en arrière dans le mix, c'était comme ça que ça marchait le mieux. Pour cet album, on a décidé de lui laisser plus de place. Il utilisait plus de claviers, parfois même d'orchestrations comme sur Empire, il apportait donc vraiment un plus à la musique. Il a vraiment trouvé sa place dans notre musique, et je crois que c'était plus facile pour lui d'écrire cette fois ci.

Que représente la couverture ?
C'est une sorte de bête bizarre. Chris et Mark ont trouvé le dessin, et on était tous vraiment impressionnés. On a trouvé que ça représentait vraiment bien le titre de l'album. C'est cette créature qui se change en quelque chose d'autre, un peu comme le groupe en train de renaître, comme je te le disais tout à l'heure. En plus, ce dessin est un peu comme une icône. Comme pour les deux derniers albums, c'est un dessin simple, qui accroche l'œil. C'est presque comme une créature de film d'horreur, et nous avons utilisé beaucoup d'éléments très sombres dans notre musique.

Oui, j'y venais : la musique a l'air plus sombre, aussi bien au niveau des samples que des paroles.

Oui, bien sûr. Il y a de la mélodie, mais elle reste très sombre, très noire. En ce qui concerne les paroles, Mark décrit les moments durs qu'on a traversé, mais il parle également d'une " fuck you " attitude envers tous les gens qui veulent nous plafonner, nous limiter, et le fait de persévérer et de passer au-dessus de ces personnes.

Pourquoi Andols Herrick a-t-il décidé de revenir au sein du groupe ?
C'est une bonne question. Nous sommes tous très contents qu'il soit revenu, c'était vraiment un coup dur pour nous qu'il parte. Ceux qui ont vu le DVD [The Dehumanizing Process] le savent, ça ne l'amusait plus de tourner, il avait l'impression de ne plus avoir le niveau. Je pense qu'il a réalisé après son départ ce qu'il ratait, et ça lui manquait vraiment. Le déclic a eu lieu lorsqu'il enregistrait pour l'album Roadrunner United, et puis quand il s'est retrouvé sur scène pour le concert, il s'est rendu compte que c'était ça qui le rendait vraiment heureux. On a entendu des rumeurs comme quoi il voulait réintégrer le groupe, et c'était un timing parfait, car Kevin [Talley, batterie sur l'album Chimaira], qui est un batteur excellent et qui a fait un très bon boulot sur l'album précédent, ne collait pas vraiment au groupe en termes de personnalité. Tu sais, on a tous grandi ensemble, et quand Andols est revenu c'était comme une réunion de famille. Il nous a prouvé qu'il voulait vraiment tourner, il joue mieux que jamais, et il est vraiment à fond dans le groupe.

As-tu entendu ce que Kevin Talley fait avec son nouveau groupe, Daath ?
Oui, je les ai vus en concert, mais je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter l'album. Nous sommes restés en bons termes, alors quand il m'a appelé pour me dire qu'il passait, j'étais vraiment content d'y aller. J'étais content de voir qu'il continuait à jouer, et il abat un énorme travail dans ce groupe. Vu que je les ai juste vus en concert, je ne pourrais pas trop te donner un avis sur la musique, mais j'ai passé un bon moment.

Pourquoi avez-vous décidé de quitter Roadrunner ?
Nous étions très contents de notre travail avec Roadrunner, parce que c'est eux qui nous ont établis dans le milieu. Cependant, et notamment aux Etats-Unis, il nous a semblé que l'album n'avait pas bénéficié d'autant de promo et de distribution que les autres. On avait des messages de fans nous disant qu'ils ne trouvaient pas notre album en magasin, et c'est très frustrant, quand tu aimes un album, que tu fais tout pour le promouvoir, que tu tournes beaucoup mais que le soutien ne suit pas. On a eu l'impression qu'ils n'avaient pas poussé cet album au niveau ou il aurait du l'être, alors on leur a demandé de nous laisser partir, et ils ont accepté. On a toujours de bonnes relations avec pas mal de personnes de chez eux. On avait plus de problèmes avec les personnes haut placées qui avaient tendance à nous faire passer derrière beaucoup d'autres groupes parce qu'ils regardaient seulement les chiffres, et c'était très frustrant.

Comment ça se passe pour le moment avec Nuclear Blast (pour l'Europe) et Ferret Records (pour les Etats-Unis) ?
Très bien. A la base, nous étions très impressionnés par l'enthousiasme général de nous signer et le fait que les deux labels adoraient notre musique. C'était vraiment une chance de signer chez eux, et les autres groupes signés chez eux nous en disaient vraiment que du bien. Jusqu'ici on bénéficie vraiment de beaucoup de soutien, beaucoup de promo et on est très excités du marketing qu'ils nous ont promis.

Vous avez également décidé de changer de producteur…
L'idée vient de Mark, à la suite de l'enregistrement du CD de Roadrunner United. Il a travaillé avec Jason Suecof quand il a enregistré le chant pour le morceau avec Dino [Cazares, ex-Fear Factory]. Mark était très impressionné de ce que Jason a pu faire sortir de lui en termes de performances vocales, il nous a dit que c'était sa meilleure performance jusqu'ici. Alors il est venu nous voir et nous a dit que puisqu'on changeait de label, qu'Andols était de retour, on pourrait peut-être essayer quelque chose de complètement différent et essayer d'obtenir un nouveau son. Ca ne dérangeait personne, alors on est allé en Floride, on a enregistré 3 morceaux avec lui, et on a été totalement bluffés. Il est complètement fou, et vous le verrez sur le DVD [vendu avec l'album au moment de sa sortie, qui retrace l'enregistrement de Resurrection], mais musicalement parlant, c'est un génie. Andy Sneap c'est occupé du mixage, et c'était vraiment une superbe opportunité pour nous, ce mec est une vraie légende. Colin Richardson [qui s'occupe du mixage sur les albums précédents] est très impressionnant, mais on voulait vraiment essayer quelque chose de nouveau.

Comment s'est passé votre concert à Cleveland, le 27 Décembre dernier ?
C'était génial. Tous les ans, notre concert de Noël devient plus grand, et c'était notre 7e. Tu sais, jouer à Cleveland c'est toujours spécial. C'est le seul concert de l'année ou je peux te dire que je suis vraiment stressé avant de monter sur scène, parce que tous les potes et les gens avec qui on a grandi sont là, et c'était vraiment excellent, on s'est beaucoup amusé. On a joué assez longtemps, et tout le monde a passé un très bon moment. Nous avons joué deux nouveaux morceaux, et tout le monde était content qu'Andols soit là. On a eu des très bons retours sur ce concert, et c'était vraiment bondé.

Vous allez tourner avec Killswitch Engage et Dragonforce aux Etats-Unis. J'étais surpris de vous voir aussi bas sur l'affiche…
Je ne sais pas ce qu'il en est pour Dragonforce, mais Killswitch Engage marche très bien aux Etats-Unis. Ce qui est bien, c'est que nous sommes de très bons potes et on a grandi en même temps, et ils ont vraiment explosé, et c'était vraiment sympa de leur part de nous demander de jouer, on a immédiatement accepté. Tu sais, d'un pays à l'autre, ça peut beaucoup changer. C'est peut-être dû au fait que ce sont deux groupes signés chez Roadrunner… Il y a un groupe avant nous [He Is Legend], et puis après c'est à nous, mais je pense que ça va être une très bonne tournée, et on est tous impatients de jouer avec eux.

Vous avez l'intention de venir jouer en Europe ?
Oui, on est en train de mettre cette tournée en place. On ne sait pas trop quand encore. On termine la tournée avec Killswitch Engage en avril, alors je pense qu'au pire on sera là en juin/juillet, pour les festivals. Et même dans le cas ou on ne ferait aucun festival en France, on viendra au moins jouer à Paris, et avec un peu de chance plus d'une fois cette année.

Quel souvenir gardez-vous de vôtre concert au Trabendo (Paris) avec Dark Tranquillity et Hatesphere ?
C'était un très bon concert. La salle était vraiment remplie, la chaleur était intenable ! La scène était toute petite, les fans étaient vraiment juste devant nous, c'était assez bizarre, mais on s'est vraiment amusés. On était très contents d'avoir la possibilité de jouer un concert dans ces conditions, parce que notre show précédent à Paris en 2003 lors du Roadrunner Roadrage avec Ill Niño et Spineshank, on avait du jouer littéralement à l'ouverture des portes. Alors on a joué devant les quelques personnes qui entraient, et notre set était très court. Les gens qui étaient venus nous voir nous ont raté, et on était vraiment énervés. C'était vraiment une bonne chose qu'on puisse jouer avec Dark Tranquillity cette fois, parce que ça faisait vraiment longtemps qu'on n'était pas venu et que c'était vraiment un bon concert.

Vous avez l'intention de jouer au Hellfest ?
J'espère. J'ai entendu dire que l'autre festival français avait disparu…

En fait, c'est le même festival…
Ah ! Très bien. J'ai gardé un bon souvenir du Fury Fest 2004. J'espère qu'on y jouera, on avait vraiment passé un bon moment. Je pense qu'on saura ça d'ici le mois prochain.

Bon, et sinon quels sont ton meilleur et ton pire souvenir de concert ?
J'aime beaucoup cette question. Par contre laisse moi le temps de réfléchir ! Le premier qui me vient à l'esprit, c'était la tournée avec Slayer en 2002. C'était un rêve de gosse qui se réalisait. Le meilleur moment, c'était de jouer à l'Agora Theater de Cleveland. Je jouais dans une salle dans laquelle j'avais toujours voulu jouer avec un groupe avec lequel j'avais toujours voulu jouer. C'était vraiment génial. Le pire souvenir de concert, je ne jouais même pas ! [rires] C'était à un concert de Killswitch Engage. J'étais complètement bourré, et pendant le set de Killswitch, j'ai débarqué sur scène, en train de faire le con avec Adam [Dutkiewicz, guitariste de Killswitch Engage]. Alors il m'a dit de slammer. C'est une grande salle tu vois, il y a un espace entre la scène et la fosse. Alors j'avance vers le bord de la scène, je rate, et j'atterris dans cet espace, sur mes pieds, l'air complètement stupide. Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait, et j'avais l'air d'un vrai débile ! A la fin du morceau, Adam prend le micro et explique ce qui s'est passé, et c'était à Cleveland, devant tous mes potes ! La semaine suivante, Killswitch Engage passait au Headbanger's Ball [sur MTV avec Jamey Jasta de Hatebreed], et ils ont raconté l'histoire à la télé… Maintenant je viens de me rendre ridicule en France aussi en te racontant ça, mais je ris beaucoup à chaque fois que j'y repense !

Comment des reprises d'Ascension [ancien groupe de Matt DeVries] ont-elles atterri sur le CD bonus de l'album Chimaira ?
C'était une idée de Mark. Il m'a demandé si je voulais enregistrer des morceaux d'Ascension pour les faces B. D'habitude, les faces B d'un album sont des morceaux qui ne font pas vraiment l'album, mais qu'on utilise pour des bonus tracks, des films ou des jeux vidéo. Là, Mark m'a proposé et j'ai trouvé l'idée très bonne. Tu sais, c'est mon ancien groupe, et revenir dessus pour essayer d'améliorer les morceaux, et de tout réenregistrer avec des musiciens différents, c'est toujours amusant.

Un dernier mot pour vos fans français ?
Un grand merci pour le soutien ! On viendra jouer au moins une fois en 2007, et j'espère deux fois pendant la tournée.